C'est triste, mon ange, vraiment, c'est triste. Triste qu'il ait fallu que je tombe presque amoureuse d'un autre pour que tu me vois enfin, triste qu'on ne puisse jamais être ensemble. Triste de t'avouer que je suis jalouse, un peu, et que tu me répondes que toi aussi, tu n'apprécies pas de savoir que d'autres me touchent. Triste de se mentir, de se voiler la face, tout en sous-entendant qu'on devrait essayer. On est des rêveurs, toi et moi, et c'est vrai, l'amour, on prend ca au sérieux, pas comme les autres... Mais je crois que ce n'est pas une bonne idée. Ils ont raison, les autres, tu sais, même s'ils n'ont pas ce qu'on peut avoir. Bien sûr qu'on a l'étincelle, c'est bien plus qu'une étincelle, c'est un incendie qui brûle dans ma tête quand je me rappelle de nous. Tu voudrais t'y consumer, moi pas. Oui, je suis une rêveuse, mais j'ai un pied ancré dans la réalité, la sale réalité de la vie qui me rappelle que ca ne marche pas comme ca. Tu préfères brûler vif que vivre à moitié, je vais plutôt me protéger de toi, de ce qu'on pourrait être. On a la même conception de l'amour, de toutes ces bêtises, on a quelques héros en commun, mais ca ne suffit pas. Ca ne suffit pas à dépasser ton égocentrisme et ma futilité, ca ne suffira pas à ce qu'on puisse se supporter. Et ton absence, ton manque de temps. Non, ca ne suffirait pas. On est faits pour s'aimer de loin, s'apprécier à distance, à travers des écrans de mots ou un nuage d'alcool. Trop instable, trop excessif, trop idéaliste, tu me ressembles trop. On est pareils, toi et moi, et c'est à la fois ce qui me fait rêver de tes bras et me pousse à les fuir.



